0,7 %. Ce chiffre, lancé comme une promesse internationale il y a près d’un demi-siècle, reste aujourd’hui un mirage pour la plupart des grands bailleurs d’aide publique au développement. Derrière les chiffres, le jeu des flux financiers révèle ses propres logiques : la majorité transite par des institutions multilatérales, là où d’autres favorisent des accords bilatéraux à la carte, parfois loin des besoins réels des pays concernés.
La France, qui siège au Comité d’aide au développement de l’OCDE, concentre l’essentiel de ses efforts sur l’Afrique subsaharienne. Elle combine dons, prêts et expertise technique pour cibler des enjeux majeurs : lutter contre la pauvreté, stimuler la croissance économique et soutenir des causes globales, tout en naviguant entre contraintes budgétaires et tensions géopolitiques de plus en plus vives.
À quoi sert vraiment l’aide publique au développement ?
L’aide publique au développement, l’APD pour les initiés, ne se résume pas à un virement ponctuel du Nord vers le Sud. Elle répond à des objectifs définis : diminuer la pauvreté, réduire les écarts, accompagner le développement dans les pays à faibles ressources. Ces flux monétaires sont autant des marqueurs de solidarité que des leviers d’influence, de prévention ou de stabilité internationale.
Les bailleurs affichent une feuille de route alignée sur les objectifs de développement durable de l’ONU. L’APD s’attaque à l’extrême pauvreté, facilite l’accès à l’éducation, à la santé, encourage la résilience climatique ou la gouvernance. Les priorités évoluent suivant les contextes locaux et les intérêts stratégiques.
Voici les principaux axes autour desquels elle s’organise :
- Lutter contre la pauvreté et les inégalités dans les pays en développement
- Soutenir un développement économique viable sur le long terme
- Renforcer les institutions locales et leurs capacités
- Faciliter les transitions écologique et énergétique
La solidarité internationale se concrétise sur le terrain à travers des projets variés : du microcrédit à la réalisation d’infrastructures, chaque action vise à renforcer l’autonomie locale. Afrique subsaharienne, Asie du Sud, Proche-Orient : ces régions concentrent la majorité des efforts, là où la pauvreté persiste et les inégalités résistent. L’APD agit, mais ne prétend pas renverser à elle seule l’ordre économique mondial.
Les grands mécanismes de l’APD : comment ça marche concrètement ?
L’APD française s’appuie sur deux grandes voies : le canal bilatéral et le canal multilatéral. Le premier consiste à adresser directement les fonds à des partenaires définis. L’Agence française de développement (AFD) pilote ce volet : elle sélectionne les projets, accorde des prêts à taux préférentiels, offre des garanties ou des dons. Le canal multilatéral, quant à lui, mobilise des institutions telles que la Banque mondiale ou le PNUD.
Chaque année, la politique d’aide est intégrée au projet de loi de finances. Un budget dédié, calculé à partir du revenu national brut, est voté au Parlement. En 2023, la France a consacré plus de 15 milliards d’euros à cette politique, atteignant près de 0,56 % de son RNB, d’après les données du Comité d’aide au développement de l’OCDE.
La stratégie se construit au sein du Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID), qui fixe les priorités : santé, éducation, climat, gouvernance. Les fonds sont ensuite distribués via diverses structures : subventions à des ONG, prêts bonifiés, garanties, effacement de dettes. Tout un écosystème, guidé par des rapports publics et des audits pour garantir le suivi et l’impact des actions engagées.
En pratique, la mécanique est rodée : choix politique, cadrage du CICID, exécution par l’AFD, mise en œuvre avec les acteurs locaux. Complexe, mais structurée pour gagner en efficacité et en transparence.
Le rôle de la France et l’impact de l’APD sur la scène internationale
La France s’impose comme l’un des piliers de l’aide publique au développement. Elle figure dans le top 5 mondial, aux côtés des États-Unis, de l’Allemagne, du Royaume-Uni et du Japon. Son credo : promouvoir la solidarité et lutter contre la pauvreté dans les pays les plus vulnérables.
La stratégie française s’articule autour de plusieurs axes majeurs :
- appui aux objectifs de développement durable
- diminution des inégalités à l’échelle internationale
- accompagnement des mutations (climat, santé, gouvernance)
L’Afrique de l’Ouest, en particulier le Mali, le Niger et le Burkina Faso, bénéficie d’un soutien constant. Paris intervient via des partenariats techniques, financiers et institutionnels, souvent en lien avec la Banque mondiale ou l’Union européenne.
Un autre levier : la société civile. Les ONG, fondations et acteurs locaux sont intégrés à la démarche dès la conception des projets. Cette alliance élargit la portée des actions, permet une adaptation rapide aux urgences et garantit une continuité face aux crises.
Sur le plan européen, la France intensifie le dialogue avec l’Allemagne pour rapprocher les stratégies, mutualiser les moyens et peser davantage face aux pays émergents. La confiance dans l’APD, sa lisibilité et la preuve de son efficacité deviennent des conditions incontournables pour conserver la crédibilité d’une politique de développement soumise au regard critique des citoyens et des bénéficiaires.
Au bout du compte, l’APD ne se mesure pas seulement en milliards d’euros ou en pourcentages. Son effet réel se lit dans la capacité à changer la donne sur le terrain, à restaurer l’équilibre là où il menace de basculer et à maintenir, malgré vents contraires, la promesse d’un monde moins inégal.


